Combat de Corbeny (13 septembre).
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 Le 13 septembre, le 18e C. A. doit pousser en direction de Château-Porcien; couverte par le corps de cavalerie, la 35e D. I. colonne de droite, marche par Yentelay, Roucy et Pontavert pour atteindre Corbeny. Le 57e R. I. forme l 'avant-garde, le 2" Bon tète d'avant-garde, avec la 7" Cie en pointe; ilse met en route à 5 h. Tout dénonce la retraite rapide des Allemands, repas non achevé, voitures abandonnées, dépôts de vivres laissés à Ventelay et qui permettent de ravitailler toute la D. I. en pain, café et potage. A Roucy les habitants accueillent les troupes avec des pleurs de joie; à Pontavert, dont lé pont vient d'être enlevé par le 3e escadron du 15e dragons, ils apportent des bouteilles de champagne soustraites à l'avidité des Allemands.

A 1.500 mètres au nord de Pontavert, vers 9 h. 30, après avoir dépassé le mamelon boisé de la cote 87, la 7e Cie signale des cavaliers en mouvement sur les hauteurs de Craonne. Peu après elle reçoit des coups de feu venant de la direction de Corbeny. Sur l'ordre du colonel Debeugny la compagnie s'arrête, déploie deux sections le long du petit ruisseau le Ployron et fait reconnaître les lisières du bois de Beau-Marais. La patrouille envoyée reçoit de nombreux coups de feu et ne peut pas dépasser la ferme du Temple. Quelques instants avant le 1er escadron
du 15e dragons avec la batterie de Saint-Martin du 24e R. A. C.,venant de l'est s'est portée sur Corbeny, il a été arrêté par un feu violent et s'est rejeté sur son régiment à Amifontaine. A la demande du colonel Debegny, le général Pierron dirige sur Craonne, par la lisière ouest du bois de Beau-Marais, le bataillon Bessan du 144e R. I., tête du gros de colonne, en vue de faire tomber par débordement la résistance ennemie. En même temps, de nombreux mouvements étant signalés sur les hauteurs de Craonne, une batterie du 24" R. A. C. vient avec un magnifique sang-froid s'établir en avant de la 7e  Cie au nord du ruisseau, et ouvre le feu sur les troupes en vue. Elle tire quelques salves, mais, prise aussitôt à partie par l'artillerie de la région de Corbeny, elle doit se reporter à l'abri des vues derrière le mamelon 87. La 8e Cie est poussée à hauteur et à droite de la 7e. Le 2e Bon reprend aussitôt sa marche en avant en colonnes de demi-section, avançant par bonds, il dépasse la ferme du
Temple et atteint la corne est du bois de Beau-Marais. A ce moment le feu d'artillerie et de mousqueterie redouble, particulièrement en direction de Chevreux, et oblige le 2e Bon à se jeter sous bois et à progresser par les lisières sud et est. Arrivé à la lisière nord du bois de Beau-Marais, le 2e Bon débouche par petites fractions pour éviter les pertes causées par le tir des Allemands postés à la station de Chevreux et vers Corbeny.
Il réussit ainsi à pénétrer dans la partie sud du bois de C'hevreux, mais ne peut pas aller plus loin sous les feux qu'il reçoit sur son front et sur son flanc gauche venant de Craonne.
Le 1er Bon qui a atteint la corne est du bois de Beau-Marais reçoit l'ordre de brusquer le mouvement et de se porter à l'attaque de Corbeny.

Après une sérieuse préparation, menée vigoureusement par le 24e R. A. C., qui bat les lisières sud du village et surtout la voie ferrée, d'où paraissent provenir les coups de feu, à 19 h. le commandant Picot fait avancer son bataillon, en colonne double ouverte, par bonds, la gauche appuyée à la route, qui passe par la cote 78. Le flanc ouest est protégé par le 2e Bon qui marche en arrière et à gauche, à la lisière du bois de Chevreux. Le 3e Bon (Lionnet) suit la route. Les groupes du 24e R. A. C., menés par le colonel Dunal, suivent la progression avec une merveilleuse bravoure et, en batterie, à hauteur du bois de Beau-Marais, déclenchent sur Corbeny un feu violent. Le 1er Bon met alors baïonnette au canon, et animé par son chef d'un élan superbe, méprisant obus et balles, chantant à pleine voix la « Marseillaise », se lance au pas de charge,franchit la voie ferrée et pénètre dans Corbeny. La 8e  Cie et une moitié de la 7e, qui depuis Chevreux suivent le chemin de fer, entrent dans le village en même temps que le 1er Bon par la lisière ouest. Le reste du 2e Bon les rejoint aussitôt. De tous côtés les habitants surgissent des caves et saluent avec transport les soldats qui se précipitent à la lisière nord et l'organisent sans répit. Le 3e Bon tenu en réserve sur la route jusqu'à la nuit entre à son tour à Corbeny, où le Régiment entier se rassemble et cantonne sous la protection du 1er Bon, installé aux lisières nord du village.

A gauche la 36e D. I. qui avait Craonne pour objectif est retardée aux passages de l'Aisne et ne peut, au soir, qu'atteindre les lisières nord du bois de Beaurieux. A droite, le 4e G. D. R. n'a pu également atteindre son objectif, Juvincourt; il s'est borné à prendre pied sur la rive nord de l'Aisne, à Berry-au-Bac. Notre C. C. est dans la région Amifontaine, Juvincourt, et a poussé des détachements jusqu'au camp de Sissonne:

L'offensive, déclenchée si opportunément le 6 septembre,s'achève en une victoire incontestable, victoire qui par son éclat éblouit le monde entier, victoire que l'on a considérée comme un miracle. Cette victoire, le soldat français l'a remportée sans artillerie lourde, presque sans aviation, avec son seul courage admirablement servi par un merveilleux canon, le « 75 », et guidé par le savoir de ses chefs. Cette victoire eût sans doute été plus complète, décisive peut-être, si la poursuite avait pu être plus active et avait permis de franchir les crêtes du Laonnois. Cela n'est malheureusement pas possible. Les troupes sont épuisées par de rudes combats et des
marches interminables, les cadres sont décimés; la cavalerie est à bout de souffle par la lutte et les chevauchées; l'artillerie a ses caissons à- peu près vides d'obus. L'aile droite de la 5e armée, arrêtée au massif de Reims, ne peut pas fournir à la gauche de l'armée les renforts capables de bousculer les troupes allemandes, qui viennent boucher la brèche ouverte entre les armées Von Kluck et Yon Bülow.

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