Rapport du général A. DE LAPORTE
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Annexe n° 2259.

55e DIVISION. Quartier général, le 27 avril 1916.

ETAT-MAJOR.

3e Bureau

N° 5820/3.

Compte rendu des opérations de la journée du 25 avril (Bois des Buttes)

I- PRÉPARATION.

Les détails de l'opération avaient été minutieusement préparés et le programme prévu fut exécuté en tous points jusqu'à l'heure H - 8 h. 3o.

Les troupes d'attaque étaient bien abritées, les troupes devant constituer garnison l'étaient également. Les troupes d'attaque prirent leur place dans la nuit du 24 au 25

Les brèches nécessaires pour franchir nos fils de fer avaient été faites dans les deux nuits précédant l'attaque.

Tous les réglages de l'artillerie lourde et de l'artillerie de campagne avaient été vérifiés sur le terrain par le général commandant l'artillerie, accompagné du colonel commandant

les troupes d'attaque et des commandants de régiments. Cette mesure est à généraliser :

elle contribue à augmenter la précision du tir de l'artillerie et donne confiance aux fantassins qui doivent faire l'attaque.

II- ATTAQUE.

a. Infanterie. - Pendant la préparation d'artillerie, les troupes sont restées abritées et grâce à leurs abris n'ont pour ainsi dire pas souffert du feu de l'ennemi pourtant très violent.

A l'heure fixée, trois bataillons d'attaque sortirent avec un entrain remarquable de leurs tranchées et se portèrent sur leurs objectifs respectifs.

1° Bois Franco-Allemand. - Aucun obstacle, sauf quelques coups de canons ennemis, n'arrêta les vagues d'assaut qui pénètrent d'un bond dans le bois.

Les compagnies de gauche gagnèrent rapidement la lisière nord. Une section de mitrailleuses fut installée à la corne nord-ouest.

Les compagnies de droite éprouvèrent plus de difficultés à cause surtout de mitrailleuses allemandes installées à l'extrémité du boyau Blanc et du boyau Victor-Emmanuel gênant le rabattement prévu vers l'est et empêchant l'attaque du bastion D. E.

Des combats à la grenade qui durèrent jusqu'au lendemain matin nous permirent d'occuper complètement le bois Franco-Allemand.

Total des prises au bois Franco-Allemand : 157 prisonniers dont à officiers, 2 mitrailleuses (d'origine russe).

2° Bois des Buttes. - La compagnie la plus rapprochée de la ligne ennemie a pu y pénétrer (Tête du Boche), bientôt suivie par une section de mitrailleuses.

Les autres compagnies, plus éloignées de leur objectif, ayant à traverser un terrain très difficile (terrain marécageux et inondé), taillis, abatis, ont été arrêtées par des coups de fusils et des tirs de mitrailleuses avant d'avoir abordé la tranchée ennemie.

Les Allemands dirigèrent alors sur le Nez du Boche un violent feu de mitrailleuses provenant de la tranchée de Saxe en même temps qu'une violente contre-attaque se déclancha de cette tranchée et refoula la compagnie qui avait pénétré dans le Nez du Boche.

Toute la ligne se trouva dès lors arrêtée devant les tranchées allemandes et s'y maintint.

Une nouvelle attaque préparée par l'artillerie de tranchée et l'artillerie de campagne

fut déclenchée à 19 h. 3o par les unités fraîches du 246e, mais elle ne put aborder les

tranchées adverses.

A 20 heures, le colonel commandant les troupes d'attaque donne l'ordre au 246e de revenir dans ses tranchées de départ.

b- Artillerie. - Les tirs d'artillerie de tous calibres ont été reconnus excellents par tous les commandants d'unités d'infanterie.

Aucun renseignement ne peut être fourni sur les effets des obus spéciaux, les prisonniers du bois Franco-Allemand n'ayant pu avoir avec l'arrière aucune communication depuis 8 heures matin.

Le tir sur les défenses accessoires du boyau Franco-Allemand fut très bien réglé et plusieurs brèches étaient signalées par l'infanterie dès 10 heures matin.

L'attaque d'infanterie a été très bien préparée au dernier moment par les tirs de ratissage de l'artillerie de campagne.

Au bois Franco-Allemand notre première ligne avait atteint la lisière du bois avant que les Allemands cachés dans leurs abris aient pu se rendre compte de l'allongement du tir et occuper leurs tranchées.

La tâche de l'artillerie fut d'ailleurs facilitée par ce fait que les commandants de batterie voyaient parfaitement de leurs postes d'observation la progression de l'infanterie.

Du côté des Buttes, le tir préparatoire avait paru bon aux observateurs d'infanterie et d'artillerie, mais les difficultés de visibilité dans le bois ne permirent pas de se rendre compte d'une façon certaine des résultats obtenus.

D'autre part, l'artillerie ne pouvant suivre à la vue la progression de l'infanterie, les liaisons étaient plus difficiles et les tirs d'accompagnement moins efficaces.

III - COMMUNICATIONS.

I° Le téléphone fonctionna normalement entre l'arrière et les postes de commandement des colonels.

Entre les colonels et l'avant, les lignes, même enterrées, furent à peu près constamment coupées et le service fut assuré par coureurs.

2° Les liaisons optiques furent peu employées. Elles ne donnèrent aucun résultat à cause de la fumée intense provoquée par le bombardement qui empêcha de voir les signaux.

3° Les liaisons par T. S. F., au contraire, fonctionnèrent parfaitement. Les postes récepteurs, préalablement accordés avec leurs postes émetteurs, ne furent pas troublés par des émissions parasites. Ce procédé de liaison est à généraliser. C'est le plus sûr.

IV. — SERVICE DE SANTÉ.

Les évacuations des blessés ont eu lieu d'une façon très satisfaisante.

Le général commandant la 55e division,

A. DE LAPORTE.

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