Cette série de 4 articles a été extraite du livre :
31e RÉGIMENT D’INFANTERIE
PRISE DU BOIS DES BUTTES
ET DE
LA VILLE AUX BOIS
(Extrait du Journal de Guerre du Lieutenant G……) (GIBELIN)
LA PRISE DU BOIS DES BUTTES
Aspect général du combat. — Le bataillon Fleuriot, face à l’Est court à la Ville-aux-Bois.
— Le groupe Lagorce, du Sud au Nord, attaque et occupe le Bois des Buttes.
— Les deux groupes réunis investissent la Ville-aux-Bois.
16, 17, 18 avril, ces trois journées seront les « Trois Glorieuses » du régiment. Après le bois des Buttes, avant-hier, la Ville-aux-Bois, aujourd’hui, vient d’être prise dans une deuxième attaque ou plutôt non : c’est la même bataille, le même assaut qui s’est poursuivi, sans arrêt ni trêve. :
Aujourd’hui seulement on commence à comprendre les phases de cette bataille faite de mille combats épars et à voir le lien qui a fait de ces mille succès une victoire.
Aspect général de l’assaut. — Le matin du 16 avril a été brumeux. A l’aube, par un temps maussade, le tir des mortiers de tranchée reprend ; ce jour se lève, semblable pour
l’ennemi aux jours précédents.
5 h. 30. — Les nerfs sont tellement tendus que l’on voudrait pouvoir avancer d’une heure l’aiguille trop lente qui marque inexorablement des minutes dont chacune paraît un siècle.
5 h. 45. — Au tir des canons de tranchée, se superpose le barrage de l’artillerie de campagne, précis et rapide.
5 h. 50. — ...Et tout à coup, quelques minutes avant l’heure, sur toute la ligne, nos soldats se dressent, sortent des parallèles : l’assaut est commencé. Singulier tableau pour ceux qui rêvent encore de charges épiques, en rangs épiques, en rangs épais baïonnette au canon, drapeau déployé. Ici, rien de semblable. Disposés en minces colonnes, chargés de grenades, de cartouches, de fusées signaux, nos soldats avancent au pas à travers le fouillis des tranchées bouleversées et des réseaux arrachés. Comme un flot mouvant les petites files bleues s’élèvent peu à peu, plongeant, puis reparaissent dans les replis du terrain, derrière le rideau de feu que tendent devant elles nos canons.

La surprise. — La première ligne dépassée en quelques minutes, les nôtres abordent la deuxième ligne bouleversée, surprennent dans leurs trous les occupants et poursuivent aussitôt leur course. Le barrage ennemi commence à cet instant, hésitant, mal réglé : il est trop tard, les compagnies de réserve ont déjà passé, sans perte.

Mais l’ennemi se ressaisit ; dans les créneaux à fleur de terre des blockhaus, des mitrailleuses crépitent ; les abris dégorgent un flot d’Allemands qui garnissent la troisième ligne ; la bataille commence : il est 6 h. 15.
La bataille aux mille combats. — Tout de suite le combat se morcelle. Sur ces buttes au relief tourmenté, la cohésion des unités d’assaut est impossible à maintenir. L’action des chefs de bataillon, des commandants de compagnies s’affaiblit : ce sont les chefs de section, de demi-section ou d’escouade qui mènent la lutte avec un courage et une abnégation, qui coûtent la vie à beaucoup d’entre eux.
Souvent même, c’est un simple soldat qui s’improvise chef pour entraîner et guider ses camarades hésitants. Grâce à la préparation minutieuse de l’attaque, l’idée directrice de la manœuvre est ancrée dans l’esprit de tous et au milieu des péripéties multiples de la bataille, malgré les arrêts, les reculs momentanés, inlassablement, les groupes avancent vers l’objectif.
