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Les Amis du Bois des Buttes
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Notre association se propose de contribuer à la promotion d’un site méconnu du front du Chemin des Dames et de faire connaître les événements historiques qui en font dès septembre 1914, en mars-avril 1916, en avril-juin 1917 et en mai 1918, un haut-lieu de la Première Guerre mondiale dans l’Aisne.

Chap 02 La troupe des nettoyeurs
Article mis en ligne le 16 juillet 2025

 La troupe des nettoyeurs. — Derrière les premières vagues, les nettoyeurs de tranchées suivent pas à pas la progression.

Leur tâche est difficile : ils doivent protéger leurs camarades contre les retours offensifs et les surprises des Allemands qui, devant les sections de tête, par prudence et par tactique, se réfugient au fond de leurs innombrables abris, aux sorties multiples, mal connues des nôtres. Le long des boyaux, les équipes de nettoyeurs s’égaillent, accompagnées de lance-flammes. À chaque issue, une grenade, un jet fulgurant de liquide enflammé et les cadres s’embrasent d’un seul coup, tandis que se répand dans l’abri la fumée âcre des grenades incendiaires. Parfois, des clameurs s’élèvent du fond de la sape : « Kamerad ! Kamerad ! » et vingt ou trente Allemands, blêmes d’effroi, défilent devant la petite troupe des nettoyeurs ; souvent aussi, l’ennemi s’échappe par une sortie inconnue des nôtres et prend ceux-ci à revers. Ailleurs, c’est un blockhaus qui résiste opiniâtrement et arrête sur ce point la progression ; il faut attendre les sapeurs dont les lance-flammes sont d’un puissant secours. Le combat s’éparpille ainsi dans tout le bois des Buttes.

De l’observatoire, il est difficile de suivre les phases de la bataille. Peu de bruit :quelques éclatements de grenades, des rafales de mitrailleuses, rapides et saccadées ; les mortiers de tranchée se sont tus et la canonnade semble avoir faibli. Que se passe-t-il ? où sont nos soldats ? Et l’on

se sent honteux de ne pouvoir discerner dans cette lutte gigantesque de quel côté penche le sort.

Peu à peu, cependant, les renseignements parviennent au colonel ; des coureurs arrivent en même temps qu’apparaissent les premiers prisonniers, preuve tangible de notre

succès ;les grandes lignes de la bataille se dessinent.

Kamarad de Jean Veber

Le bataillon FLEURIOT. — Le bataillon FLEURIOT attaquait de l’Ouest à l’Est, avec les 10e et 9e compagnies en première ligne, celle-ci à droite, celle-là à gauche, et la 11e compagnie

en réserve. Nos tranchées, situées en ce point à 200 mètres de la lisière du bois, subissent un terrible bombardement ; aussi, avant même que l’assaut fût commencé, des pertes sérieuses nous sont infligées. Le sous-lieutenant PONCINET est tué par un obus au moment où, debout sur le parapet, il

encourageait ses hommes et leur montrait le chemin à suivre dans le bois ; en même temps que lui tombent une quinzaine de soldats. Ces pertes ne font qu’exaspérer l’ardeur du bataillon qui, à l’heure arrivée, bondit d’un élan tel qu’il devance le tir de barrage dont quelques coups tombent à hauteur de la première vague ; une fusée lancée par la compagnie de réserve fait aussitôt allonger le tir.

La 9e compagnie dans les bois. — Lancée au milieu du bois, dans le chaos des taillis, des arbres et des tranchées bouleversées, et prise sous le feu des mitrailleuses de la cote 92, la 9 compagnie est bientôt disloquée. La section de l’adjudant-chef SENUT et le peloton du sous-lieutenant TESSIER foncent droit devant eux. Les ennemis résistent d’abord mais, redoutant le choc, ils s’enfuient bientôt vers la Ville-aux-Bois où ils savent devoir trouver des renforts et un point d’appui solide. La 9e les poursuit et une demi-heure après le départ de l’attaque, ayant traversé dans un élan furieux toute la partie nord du bois des Buttes, parvient à 20 mètres des premières maisons du village. Telle a été la rapidité de sa course que des Allemands, surpris dans leur sommeil, se sauvent en bras de chemise.

Mais à ce moment la compagnie subit un feu terrible de mitrailleuses et de mousqueterie parti de la Ville-aux-Bois et des pentes de la cote 96. En même temps apparaissent, venus de la partie est du village, des groupes nombreux qui se disposent à contre-attaquer ; d’autres groupes, descendant

de la cote 96, menacent le flanc droit de la compagnie. Le lieutenant BOSSARD, qui la commande, se voit sur le point d’être cerné ; il n’a auprès de lui qu’un petit nombre de soldats mais, il le sait, sa résistance peut décider du succès de la journée : il donne l’ordre de tenir sur place et, debout

au milieu de ses soldats, il les enflamme par son exemple.

Pendant une heure c’est une lutte acharnée. Des deux côtés la bravoure est égale : à découvert dans les tranchées comblées, Français et Allemands se fusillent à trente mètres.

L’ennemi lance sans trêve ses grenades à long manche, les « manches à gigot », dont il est abondamment pourvu ; ses mitrailleuses, abritées dans des blockhaus bétonnés, forcent nos soldats à se jeter dans des trous d’obus. De notre côté, les munitions commencent à manquer ; les coureurs envoyés au chef de bataillon ne reviennent pas. N’importe, assaillie de, face, de flanc, près d’être tournée, la 9e tient tête aux Allemands avec un tel courage que ceux-ci renoncent enfin à contre-attaquer et se terrent dans la Ville-aux-Bois.

Pendant ce temps, la section de droite de la 9e, chargée d’établir sur la cote 92 la liaison avec le 1er bataillon, soutenait de durs combats. Une troupe ennemie se présente à elle les bras levés ; les nôtres se laissent approcher sans défiance lorsque, tout à coup, ils reçoivent des Allemands une volée de grenades qui, heureusement, ne blessent personne.

Exaspérés par cette traîtrise, les nôtres cernent la troupe ennemie et l’extermine jusqu’au dernier homme.

Pendant plusieurs heures, la section commandée par le sergent Léon tient en respect les Allemands qui l’ont presque entourée ; enfin, les camarades du 1er bataillon surgissent sur

la cote 92 et, sa mission remplie, la section rejoint devant la Ville-aux-Bois le gros de la 9° compagnie.