L’enlèvement des sommets. — Enfin, les renforts arrivent.
Derrière les 3° et 2° compagnies, survient la section de renfort du sous-lieutenant Dubois ; par une habile manœuvre, il réussit à prendre d’écharpe la tranchée ennemie, se découvre
brusquement et fait une véritable hécatombe de Bavarois ; les autres sections profitent de cette diversion pour faire un bond en avant, se rapprocher de la ligne ennemie. Brusquement un cri retentit, poussé par on ne sait quel obscur héros : « Allons-y ! » et, entraînés par cette voix anonyme, nos soldats sautent dans la tranchée que les Allemands ont vaillamment défendue.
Pour renforcer la 7e compagnie, le commandant Holtzscherer envoie un peloton de la 5e compagnie, commandé par le lieutenant Auriche, tandis qu’une section de mitrailleuses du 2e bataillon va s’établir au Nez-du-Boche et prend d’enfilade les mitrailleurs allemands. Ce renfort opportun fait pencher la balance : la 7e compagnie, dont le lieutenant Auriche a pris le commandement, force la troisième ligne allemande et les ennemis, pressés de toutes parts, détalent vers la Ville-aux-Bois ou, se rendant par bandes, courent à toutes jambes vers la Sapinière.
Il est sept heures, le bataillon Lagorce est à cheval sur les deux cotes. Une épaisse nappe de balles, tirées de la Ville aux-Bois, rend inabordables les deux sommets et les pentes nord-est. Aussi, les sections de la 3e compagnie et celles de la 1e compagnie qui, sous les ordres du lieutenant Contard, a mis fin aux résistances locales surgies sur les derrières des compagnies de tête, évitent la zone dangereuse et traversent prudemment le col, pendant que la 2° compagnie s’infiltre dans les boyaux parallèles à la route Pontavert-Ville-aux-Bois.
Avance éparpillée. — Les pentes nord et nord-est de la cote 96 sont semées d’embûches : dans cette partie cachée à nos vues et difficilement battue par notre artillerie, les Allemands s’étaient creusé de vastes tunnels, véritables casernes souterraines, amplement pourvues de munitions et de vivres.
Aussi la lutte est-elle farouche à l’entrée du principal de ces abris, le « Regiment’s Tunnel IIT », occupé par deux compagnies et où se trouve un poste de commandement de bataillon. Une mitrailleuse tient sous ses feux le débouché du boyau, les Allemands sont en train de mettre deux autres pièces en batterie, lorsque surgit le sous-lieutenant Dubois avec sa section ; nos grenadiers forcent les Allemands à se réfugier dans le Tunnel ; Dubois laisse quelques hommes pour surveiller les issues en attendant l’arrivée des nettoyeurs et reprend sa marche vers la Ville-aux-Bois.

Trois Français font 72 prisonniers. — Au détour d’un boyau, le voilà en présence d’une troupe nombreuse d’Allemands : il se retourne pour crier : en avant ! seuls, deux de ses hommes l’ont suivi. Reculer ? Hésiter ? Dubois n’y songe même pas et fonce, revolver au poing, tandis que ses deux soldats arrosent le boyau de grenades habilement dispersées. Un boche se rend, puis un deuxième, et bientôt toute la troupe mettant bas les armes défile devant les trois Français : ils étaient 72 !
La reddition du Régiment’s Tunnel III. — Derrière lui, la garnison du Tunnel III a réussi à sortir par une issue inconnue de nos soldats et, lorsque les nettoyeurs arrivent, ils sont accueillis à coups de grenades et de fusils. Très crâne sous les balles, un officier bavarois fait mettre en batterie deux mitrailleuses. Vite on appelle les lance-flammeés ; les sapeurs s’approchent, dardent leur jet enflammé : l’officier et deux de ses hommes se roulent sur le sol, les autres, épouvantés, lèvent les mains. 150 prisonniers sont ainsi capturés. Les nôtres pénètrent alors dans le Tunnel. Dans leur désarroi, les Allemands ont tout abandonné : des vêtements, des ceinturons, des porte-cartes ; sur le bureau du commandant, le cahier de secteur est ouvert et, dans le mess, les couverts semblent attendre nos soldats.
Les deux groupes réunis. — Attaque de la Ville-aux-Bois. —
Jusqu’à la Ville-aux-Bois, la marche du 1er bataillon n’est qu’une série de sièges et d’assauts toujours renouvelés ; enfin, vers 11 heures, le gros des compagnies est établi aux lisières sud et sud-est du village, en liaison avec le 3e bataillon et le régiment de droite. Pendant toute la matinée, on se bat encore dans le bois des Buttes. Les nettoyeurs débarrassent d’ennemis, l’un après l’autre, les vastes abris, vrais dédales où de nombreux Allemands se terraient encore.
