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Les Amis du Bois des Buttes
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Notre association se propose de contribuer à la promotion d’un site méconnu du front du Chemin des Dames et de faire connaître les événements historiques qui en font dès septembre 1914, en mars-avril 1916, en avril-juin 1917 et en mai 1918, un haut-lieu de la Première Guerre mondiale dans l’Aisne.

JÄGER-BATAILLON, NR. 12 d’Avril à juillet 1916
Article mis en ligne le 18 juillet 2025

 

Le 27 avril, l’ordre est arrivé de façon tout à fait inattendue que la 1 – 4ième compagnie et la compagnie de mitrailleuses devaient se préparer à être relevées dans l’après-midi. Une activité fébrile s’est alors mise en place pour préparer la relève. Tout le monde attendait avec impatience ce qui allait arriver. Les commandos de pionniers, de mineurs et de constructeurs ont été dissous. Malgré la présence de plusieurs ballons ennemis dans le ciel, la relève s’est effectuée dans la journée sans aucun tir. La section a été reprise par le régiment d’infanterie 102.

Le bataillon (sans la compagnie excédentaire et les compagnies de cyclistes) s’est rassemblé à Neufchâtel. C’est là que le suspense sur ce qui allait suivre a enfin été levé. Le bataillon a été affecté à la 23ième division d’infanterie, 45ième brigade d’infanterie. Après les événements des jours précédents, au cours desquels une partie de la 23ième division d’infanterie avait combattu à la-Ville-aux-Bois, on pouvait se douter que l’objectif du bataillon serait cette région.

Vers 11 heures du soir, la 1 - 4 Compagnie fut embarquée à la gare de Neufchâtel. La compagnie de mitrailleuses et les bagages se dirigèrent à pied vers St. Erme, qu’ils connaissaient déjà parfaitement depuis Noël 1914. Le commandant, qui s’était déjà rendu en voiture dans le courant de l’après-midi avec l’adjudant et l’officier d’ordonnance à la 23ième division d’infanterie à Amifontaine, y reçut l’ordre de combat. Le bataillon s’est vu confier le secteur allant de la limite du corps d’armée vers la gauche jusqu’à la lisière du village de La Ville aux Bois, dite « Villa Müller ».

Vers 12h30, le train de transport arriva à St. Erme, presque en même temps que la compagnie de mitrailleuses et les bagages. Les compagnies s’installèrent ensuite dans les quartiers qui leur avaient été attribués et qui étaient de qualité très variable. L’ambiance était excellente, même si chacun savait qu’il échangerait la position bien aménagée à la Cote 91 contre une position peu aménagée. Avant de partir pour la position le 28 avril, le commandant à St Erme donna l’ordre de combat et un tableau de la situation générale.

Le 10 mars, le régiment de tirailleurs avait pris possession de la colline de La Ville et l’avait conservée jusqu’à présent. L’aile droite du 2ième régiment de grenadiers 101 avait participé à l’assaut et s’était emparée de la partie de la forêt située devant le soi-disant chaudron de sorcière au sud de La Ville aux Bois. Jusqu’au 25 avril, l’ennemi n’avait fait aucune tentative pour reprendre la montagne perdue, qui était pour lui une position extrêmement favorable.

Le 25 avril au matin, un violent tir de barrage se déclencha de manière inattendue, suivi dans l’après-midi par l’attaque de l’infanterie ennemie. Lorsque l’ennemi a atteint la 2ième ligne, les tireurs ont réussi à le repousser dans sa position par une contre-attaque. Les 2ième grenadiers avaient été surpris par l’attaque. L’ennemi avait réussi à s’installer à nouveau dans la partie de la forêt qu’il avait perdue le 10 mars. De ce fait, le flanc gauche de la position du régiment de tir, fortement dévié vers l’ennemi, était sérieusement menacé. Il fallait s’attendre à une nouvelle attaque de l’adversaire.

Pour pouvoir y faire face efficacement, le bataillon devait être utilisé comme troupe de contre-attaque. Après un bref séjour à St. Erme, le bataillon s’est déplacé le matin même par des chemins couverts vers Outre, Goudelancourt, Berrieux et Corbeny. De là, la progression vers la position s’effectuait compagnie par compagnie. L’occupation de la position était en général la suivante : deux compagnies en première ligne, une compagnie à l’arrière sur la route artificielle Corbeny - Berry-au-Bac, une compagnie restée à St. Erme. La compagnie de mitrailleuses a été répartie sur toute la position.

Malgré de nombreux ballons ennemis, le bataillon a réussi à rejoindre sa position sans aucune perte. Le logement dans la position elle-même était extrêmement étroit, car cette section n’avait encore jamais été aussi fortement occupée. Les abris étaient quasiment inexistants, les quelques trous de piquet n’étaient en grande partie pas aménagés et les tranchées étaient nivelées à de nombreux endroits. Nous nous sommes rapidement mis au travail. C’est là que l’on a pu voir ce que les chasseurs avaient appris lors de l’aménagement à la Cote 91.

Les jours suivants, par temps clair et dégagé, une intense activité aérienne ennemie s’est développée au-dessus de la position. Les avions ont survolé nos lignes à très basse altitude, sans être sérieusement bombardés par nos canons de défense.

L’activité principale des jours suivants consistait à creuser des trous de carquois minés et à aménager des escaliers et des couloirs d’assaut dans les obstacles de fil de fer. Il s’avéra que les anciens obstacles français étaient très denses et très soigneusement construits et qu’ils avaient relativement peu souffert des violents bombardements du 10 mars et 25 avril.

Les semaines suivantes se sont donc déroulées dans un travail d’aménagement intense, avec une activité d’artillerie ennemie plus ou moins forte, sans que d’autres événements dignes d’être mentionnés ne se produisent. Les pertes du bataillon sont restées dans des limites modérées.

Le 8 juillet, un caporal français de la compagnie de mitrailleuses du régiment d’infanterie 231 a fait défection. Malgré le fait qu’il se soit dirigé vers notre position en plein jour, il n’a pas essuyé de tirs de l’autre côté. Selon ses indications, le régiment 231 avait été dissous il y a environ huit jours et les bataillons avaient été attribués aux autres régiments de la brigade en tant que 3ième bataillon. Le transfuge faisait désormais partie, avec sa compagnie, du régiment d’infanterie 246, 110ième brigade, 55ième division de réserve. Le caporal a expliqué sa défection par la fatigue de la guerre, qui est générale dans le régiment. 

Le 2 juillet, le bataillon reçut déjà un nouvel ordre de relève. Même si pendant le temps relativement court passé à La-Ville-aux-Bois, le bataillon n’a pas eu l’occasion de faire ses preuves dans la mission qui lui avait été assignée en tant que troupe de contre-attaque, le bataillon a quitté sa 6e position avec la certitude d’avoir fait tout ce qui était en son pouvoir. La position avait été bien aménagée, les hommes n’avaient pas été ménagés. Les chasseurs s’étaient sentis bien à La-Ville-aux-Bois, où il n’y avait pas de combat de mines passionnant. Ce n’est qu’à regret qu’ils quittèrent cette position, dont l’aménagement était l’œuvre de chacun.

Après la relève dans la nuit du 2 au 3 juillet, le bataillon ne s’est reposé que quelques heures à St Erme. Ensuite, il est retourné à la gare pour le chargement. Le bataillon arriva en deux trains - le gros bagage à pied - via Juzancourt à Auménancourt-le-Grand, d’où le bataillon fut engagé dans le secteur de Loivre à l’ouest du fort de Brimont auprès de la 47ième division de Landwehr. Dans cette position, la compagnie surnuméraire et les deux compagnies cyclistes qui étaient restées à la Cote 91 pendant l’engagement du bataillon à La-Ville-aux-Bois rejoignirent à nouveau le bataillon. La compagnie en surnombre y avait mené avec succès une importante opération de patrouille dans la nuit du 9 au 10 mai, sous la direction de l’Oberjäger Hübschmann, et avait capturé à cette occasion un sergeant français du régiment d’infanterie de réserve 305. L’Oberjäger Hübschmann a été le premier Oberjäger du bataillon à recevoir l’E.K. I pour son comportement courageux.

La 4ième compagnie de recrues de campagne de la 32ième division d’infanterie et la 3ième compagnie de recrues de campagne de la 47ième division de Landwehr furent encore attribuées au bataillon. Ces deux compagnies formaient avec la compagnie surnuméraire et les deux compagnies de cyclistes le bataillon Metzsch, les quatre compagnies de chasseurs le bataillon Schönberg. L’adjudant du capt v. Metzsch est le Lt. d. R. Etienne, auprès du capt. v. Schönberg le Lt. v. Ziegesar, le lieutenant. Les deux bataillons furent regroupés sous le nom de « Régiment v. Einsiedel ».

La nouvelle position du bataillon se trouvait au pied de la montagne boisée avec son ancien fort français Brimont. La ligne de front 

s’étendait à mi-pente entre le canal de l’Aisne à la Marne et les hauteurs du fort français de St Thierry. La position ennemie se trouvait en moyenne à 800 m, entre les deux positions se trouvait un terrain sans couverture, donc une section très calme et de surcroît bien aménagée.

Mais le séjour ici fut bref, car 14 jours seulement après l’engagement, le commandement général annonça que le bataillon serait évacué dans les jours suivants. C’est parti pour la Somme ! Le 20 juillet, le bataillon Schönberg fut relevé, les compagnies de chasseurs prirent leurs quartiers à Auménancourt-le-Grand, la compagnie de mitrailleuses à Pontgivart. Le bataillon Metzsch est resté dans la section Loivre.

 

Merci à Mark Beirnaert pour la traduction de l’historique du JÄGER-BATAILLON, NR. 12